Malkhout Israël · Livre I

Synthèse 02 · 3 août – 6 août 2026

De la Emouna au Emeth : retrouver notre place dans le projet divin

Une lecture des enseignements du Rav Itshak Ginsburgh

Cycle « Malkhout Israël » – Synthèse réalisée par Havrouta de Jérusalem (3 août – 6 août 2026)

Télécharger le PDF original

À mesure que la Guéoula approche, le Rav Itshak Ginsburgh décrit un passage vers une conscience plus claire et collective, dans laquelle Emouna, Bitachon et Emeth — foi, confiance et vérité — cessent d’être des notions abstraites pour devenir une manière de vivre et d’agir. Cette progression rejoint l’architecture déjà étudiée de la Nekouda, du Kav et du Sheta'h : le point originel, la direction qui l’ordonne, puis son plein déploiement dans la réalité. Le Rav relie cette même structure aux trois niveaux du Ratzon, aux Patriarches, aux trois mitsvot collectives et aux trois Beit Hamikdash.

Cette même architecture apparaît dans trois définitions de la sagesse. Au niveau de la Nekouda, « Qui est l’homme sage ? Celui qui apprend de tout homme » : la ‘Hokhma commence par l’humilité de celui qui sait recevoir de chacun un point de vérité. La Halakha elle-même fixe ce premier point à partir duquel l’homme peut s’orienter. Au niveau du Kav, le parallèle est fait avec “« Qui est l’homme sage ? celui qui voit ce qui va naître» : il relie les points, discerne la direction qu’ils dessinent et perçoit dans le présent ce qu’il porte déjà en devenir — une dimension qui rejoint celle de la Nevouah. Au niveau du Sheta'h, enfin, « Qui est l’homme sage ? celui qui « connaît sa place» : il ne s’agit plus seulement de recevoir ou d’anticiper, mais de comprendre où chacun doit se tenir dans l’ensemble. Cette juste place rejoint la notion de Makom, également un Nom d’Hachem, et celle du Ketz, lorsque le déploiement atteint sa finalité. La ‘Hokhma conduit à l'humilité, à la vision qui oriente, puis à la connaissance de sa véritable place.

La Emouna est le point de départ : reconnaître que derrière l’obscurité demeure une volonté divine. En Galout, nous vivons dans un monde d’inversion où le Sheker, le mensonge, peut prendre la place du Emeth, tandis que la vérité elle-même devient suspecte. Pourtant, le projet divin ne change pas. La Emouna Pshouta, la foi simple, consiste à rester attaché à cette finalité sans calcul personnel, même lorsque nous ne comprenons pas encore le chemin. Elle exige le Bitoul, l’effacement de l’ego qui rend l’homme disponible à une volonté plus haute - celle d’Hashem.

Vient alors le Bitachon, la confiance, l’engagement, qui correspond au Kav, à la ligne reliant le point — les différents points — à son accomplissement. Il ne suffit plus de croire : il faut apprendre à traverser les événements avec engagement dans le projet divin. Le véritable Baal HaBitachon se reconnaît ainsi à sa Sim'ha. Sa confiance ne le détourne cependant jamais de l’action. Au contraire, le Rav insiste sur une Torah qui descend dans la réalité : l’étude doit conduire à se soucier de son prochain et, lorsqu’il le faut, à « fermer le livre » pour agir concrètement auprès de ses frères. La Torah du Bitoul n’est donc pas une fuite hors du monde, mais une manière juste d’y entrer.

Cette progression conduit au Emeth. À la fin des temps, enseigne le Rav, la vérité dispersée sera réunie tandis que le mensonge sera défait. L’image est inscrite jusque dans les lettres : Emeth (אמת) rassemble des lettres éloignées — au début, au milieu et à la fin de l’alphabet — alors que les lettres de Sheker (שקר) sont rapprochées. Elyahou HaNavi aura précisément pour mission de rapprocher les éloignés et d’éloigner les rapprochés. La Guéoula apparaît ainsi comme un immense rétablissement de la vérité et de l’ordre juste du monde.

Mais retrouver le Emeth signifie aussi retrouver notre véritable identité. Eretz Israël est appelée Eretz Hachna'ah, une terre de soumission et d’humilité devant une volonté supérieure. Le Rav enseigne qu’elle dévoile l’homme à lui-même : ce que l’exil et le Yetzer peuvent anesthésier ou dissimuler apparaît avec davantage de force en Israël. C’est dans cette perspective que l’Alyah de tous les Juifs sur leur terre est fondamentale. Avec ce retour, chacun est appelé à retrouver progressivement sa place, passant du point individuel en Galout à cet alignement lui permettant de retrouver son identité et sa véritable mission.

Cette identité retrouvée conduit ainsi Yaakov à Israël. Yaakov représente celui qui affronte les difficultés, lutte avec Lavan et Essav et travaille au cœur de la matière. Israël représente l’étape supérieure : la victoire spirituelle et le déploiement complet, lorsque Yaakov ne subit plus seulement la confrontation mais atteint une autonomie nouvelle dans son rapport aux forces qui lui font face. Même la Azout, l’audace, peut alors passer de l’impureté à une Azout deKedousha : le courage de sortir de l’exil, d’affirmer son identité juive et de participer au projet collectif d’Israël.

C’est ici que la dimension collective devient essentielle. Le Rav relie la progression Point – Ligne – Surface aux trois grandes mitsvot du peuple : nommer un Roi, effacer Amalek et construire le Beit Hamikdash. Le point rassemble le peuple autour d’une souveraineté ; la ligne trace une frontière et sépare le bien du mal ; la surface devient enfin l’espace dans lequel la Présence divine peut résider. La finalité de cette croissance n’est donc pas seulement la perfection de l’individu : elle est la construction d’une demeure pour D’ieu dans ce monde.

Cette progression concerne également le Ratzon : du Ratzon Pachout, l’élan premier, au Ratzon Mouchlat, la volonté claire et orientée, jusqu’au Ratzon Etzmi, la volonté essentielle liée au projet divin. En Eretz Israël, cette volonté peut prendre une dimension sans limite. Les difficultés elles-mêmes deviennent alors l’occasion d’élargir notre Ratzon et de l’accorder davantage au projet divin. La Guéoula demande ainsi une Emouna qui ne recule pas devant l’obscurité, un Bitachon qui engendre la joie et l’action, et un Ratzon suffisamment grand pour vouloir réellement sortir de la Galout.

La Guéoula apparaît finalement comme un retour à la juste place de chaque chose : le Juif sur sa terre, la volonté humaine accordée à la volonté divine, la Torah unie à l’action, la force mise au service de la Kedousha et le peuple d’Israël orienté vers sa mission collective véritable et universelle.

De l’Emouna au Bitachon, puis du Bitachon au Emeth ; de la Nekouda au Kav, puis au Sheta'h ; du Ratzon Pachout au Ratzon Mouchlat, puis au Ratzon Etzmi : un même mouvement se révèle. Ce qui était contenu en puissance prend progressivement corps dans la réalité, jusqu’à la finalité vers laquelle convergent ces enseignements : faire de ce monde une demeure pour la Présence divine.

SHABATH SHALOM LEKOULAM !

Synthèses réalisées par la Havrouta de Jérusalem à partir des enseignements du Rav Yitzchak Guinsburgh.