Malkhout Israël · Livre I

Synthèse 03 · 9 – 13 août 2026

Réveiller la flamme cachée d’Israël

Une lecture des enseignements du Rav Itshak Ginsburgh

Cycle « Malkhout Israël » – Synthèse réalisée par Havrouta de Jérusalem (9 – 13 août 2026)

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La Guéoula commence par un travail intérieur : retrouver en soi la Nekouda, ce point profond qui révèle ce que l’homme est véritablement, au-delà de ce que l’exil, les habitudes ou le monde extérieur ont pu recouvrir. Les enseignements de cette semaine lui donnent une image particulièrement forte : une fiole d’huile demeure cachée au plus profond de chaque Juif. C’est la Ahava Mesouteret, cet amour caché pour Hachem qui, même après l’éloignement ou la faute, peut toujours être réveillé. À l’image de la fiole demeurée pure à ‘Hanouka, quelque chose de l’identité profonde du Juif demeure intact et attend d’être rallumé.

Apparaît alors l’image des « enfants Shovavim », appliquée notamment aux dirigeants politiques de Medinat Israël : des hommes parfois intelligents et rusés, mais qui peuvent s’égarer, agir avec de mauvaises intentions ou entraîner le peuple dans une direction qui l’éloigne de sa vocation. Pourtant, ils restent des enfants d’Israël. Derrière l’égarement demeure cette fiole intérieure qui n’a pas été souillée.

C’est là que prend tout son sens la Tochakha : il faut savoir s’opposer lorsqu’une direction conduit Israël sur une mauvaise voie, mais la réprimande véritable ne vient ni de la haine ni de la rancœur. Elle cherche à atteindre ce point intérieur encore intact afin de permettre à l’autre de se relever. Car « les paroles qui sortent du cœur entrent dans le cœur ». Le Tikoun ne consiste donc pas seulement à combattre une erreur, mais à parvenir à réveiller cette fiole cachée, afin que le lien avec Hachem, avec Am Israël et avec l’identité profonde de chacun puisse refaire surface.

Mais la Nekouda individuelle n’a pas vocation à rester isolée. Elle doit se relier aux autres : du point naît la ligne, puis de plusieurs lignes naît une surface. De même, le Tikoun du Prat, de l’individu, doit rejoindre celui du Klal, le collectif d’Israël. Chacun conserve sa singularité, mais l’inscrit dans une finalité commune. La lumière intérieure doit ainsi devenir volonté, recevoir une direction, puis entrer dans la réalité.

Le retour à Sion illustre ce mouvement. Il commence lui aussi par une Nekouda : Lashouv leTsion, vouloir revenir à Sion et retrouver notre place en Eretz Israël. Mais le point n’est qu’un commencement. Il doit recevoir une direction puis entrer dans la réalité de façon juste : revenir sur la terre, s’y installer, la construire, développer son économie, ses infrastructures et toutes les dimensions nécessaires à la vie collective d’Israël. La spiritualité d’Israël n’est donc pas appelée à rester séparée de la matière : elle doit donner une direction juste à la matière elle-même.

Cette progression rejoint les trois grandes Mitsvot données à Israël lors de son entrée sur sa terre : établir la royauté, combattre Amalek et construire le Beit Hamikdash. Elles dessinent un processus : donner d’abord une direction au peuple, combattre ensuite ce qui s’oppose à cette vocation, puis construire le réceptacle permettant à la présence d’Hachem de se dévoiler pleinement. La Guéoula ne concerne donc pas seulement la perfection spirituelle des individus : elle demande l’édification d’un Klal capable d’inscrire la volonté divine dans la réalité collective.

La Malkhout donne cette direction. Elle ne concerne pas seulement la spiritualité : elle doit pénétrer la réalité concrète — la justice, la sécurité, l’économie, le logement, l’organisation de la société et les besoins quotidiens du peuple. La vocation d’Israël est précisément de faire entrer l’Unité d’Hachem dans toutes les dimensions de la vie matérielle.

Vient ensuite Amalek, qui représente aussi tout ce qui refroidit, décourage et empêche l’homme ou Israël d’avancer. Ce combat commence en soi. La Tochakha véritable doit donc d’abord nous permettre de reconnaître nos propres manques sans nous détruire, puis d’aider l’autre à retrouver son point profond. Même lorsqu’une opposition ferme est nécessaire, la finalité reste le Tikoun et non la haine.

Cette dynamique trouve son symbole dans Yaakov qui, avant sa confrontation avec Essav, retourne chercher les petites fioles laissées de l’autre côté du fleuve. Cette fiole traverse symboliquement l’histoire d’Israël : elle est reliée à la lumière de ‘Hanouka et à celle destinée à l’onction du Machia’h. Ce que Yaakov retourne chercher dans l’obscurité représente ainsi cette lumière qu’Israël porte en lui et que la Galout peut dissimuler sans parvenir à l’éteindre. Retrouver cette lumière, c’est aussi retrouver le Aleph caché de Bereishit. La Torah commence extérieurement par un Bet, lettre de valeur deux, tandis que le Aleph — l’Unité — demeure caché. Le monde après la faute est marqué par la séparation, la dualité et le Din ; la mission d’Am Israël consiste à dévoiler l’Unité qui demeure derrière cette fragmentation. Le Tikoun du Prat rejoint alors celui du Klal : l’homme retrouve sa propre place, puis inscrit cette place dans le projet général d’Israël.

C’est ici que la simplicité de Yaakov Ish Tam prend toute sa profondeur. Être Tam ne signifie pas être naïf. La simplicité préserve la fraîcheur, la curiosité et la capacité de recevoir ; elle permet à l’homme de rejoindre sa Pnimiout, son intériorité, et d’y rechercher le Aleph. Le jeu des lettres exprime cette idée avec force : Emet — אמת — privé du Aleph devient Met — מת, la mort. Retrouver le Aleph, c’est rendre au Emet sa dimension vivante et reconnecter l’existence à sa Source.

La Emouna elle-même doit rester ancrée dans le réel. Elle n’est ni imagination ni exaltation détachée de la vie. Elle demande simplicité, Temimout et fidélité à la Torah. Il faut savoir distinguer l’essentiel du secondaire : avant de multiplier les raffinements et les détails, il faut consolider les fondations.

Cette redécouverte conduit Israël à retrouver sa véritable identité : celle du Lion, symbole de Yehouda et de Yerushalaïm. La Guéoula ne consiste donc pas à fabriquer une identité nouvelle, mais à révéler une identité enfouie sous les couches de la Galout. L’individu retrouve son intériorité ; le peuple retrouve sa force ; mais cette force elle-même doit être sanctifiée et orientée vers sa véritable finalité.

Car découvrir la fiole ne suffit pas : il faut l’allumer. L’Ahava Mesouteret est le combustible, mais une huile qui ne brûle pas encore n’éclaire pas. Lorsque la présence d’Hachem semble voilée par l’obscurité de la Galout, la Emouna doit engendrer le Bitachon, et cette confiance doit nourrir le Ratzon, la volonté. Il ne suffit pas d’attendre Machia’h comme si toute la transformation devait arriver de l’extérieur. Israël doit désirer la Guéoula, prier pour elle et commencer, par ses propres actes, à préparer les conditions de son dévoilement.

C’est dans cette obscurité que surgit le cri « Ad Mataï ? — Jusqu’à quand ? ». Il ne traduit pas seulement l’impatience devant les souffrances de l’exil. Désirer véritablement la Guéoula, c’est aussi la désirer pour Hachem, afin que Sa présence puisse pleinement se révéler. D’où la nécessité d’une ‘Houtspa deKedousha, une audace sainte semblable à celle de ‘Hanna : demander avec force et avec amour, mais pour une finalité qui dépasse notre intérêt personnel. Et cette demande ne peut rester une parole : nos propres actions doivent commencer à réaliser ce que nous demandons à Hachem d’accomplir.

Le dernier mouvement conduit alors de Yaakov au secret du huit. La guématria de Yaakov, 182, correspond à sept fois 26, tandis que celle d’Yitzhak, 208, correspond à huit fois 26. Le sept représente l’accomplissement à l’intérieur de l’ordre naturel ; le huit ouvre sur ce qui dépasse ses limites. Le travail de Yaakov consiste ainsi à atteindre cette dimension supplémentaire, notamment en élevant et en réintégrant dans la Kedousha la puissance qui s’est exprimée extérieurement chez Essav. La Guéoula demande finalement à Israël de ne plus se laisser enfermer dans les limites que la Galout lui avait imposées.

Le Beit Hamikdash apparaît alors comme l’aboutissement de tout ce mouvement. Lorsque les forces individuelles se relient, qu’une direction commune existe et que les obstacles ont été combattus, Israël peut devenir collectivement un réceptacle de la présence divine. Le Tikoun individuel rejoint le Tikoun collectif ; le peuple retrouve sa terre, son identité et sa volonté ; et cette volonté s’oriente vers sa finalité : faire de Yerushalaïm le lieu de la demeure d’Hachem.

Idée essentielle

Un même mouvement traverse ainsi ces enseignements : Nekouda → Prat → Klal → Malkhout → combat contre Amalek → Beit Hamikdash. Et intérieurement : retrouver la fiole → réveiller la flamme → lui donner une direction → la transformer en action. La fiole est déjà là. Le Aleph demeure caché dans Bereishit. L’Ahava Mesouteret demeure au cœur du Juif. L’identité du Lion appartient déjà à Israël. La Guéoula apparaît ainsi comme le dévoilement progressif de ce que l’exil avait recouvert sans pouvoir le détruire. Il ne s’agit donc plus seulement d’attendre la Guéoula, mais de retrouver en nous la Nekouda, de la relier au Klal, de réveiller le Ratzon et de donner à Israël une direction juste pour commencer à construire concrètement, sur sa terre, le réceptacle de la présence d’Hachem.

SHABATH SHALOM LEKOULAM !

Synthèses réalisées par la Havrouta de Jérusalem à partir des enseignements du Rav Yitzchak Guinsburgh.